Une seule obligation tombe en septembre, et ce n'est pas celle dont tout le monde parle : il s'agit de pouvoir recevoir, pas d'émettre. L'administration fiscale a publié en juillet un guide de démarrage que presque personne ne relaie — il dit ce qui se passe si vous n'êtes pas prêt le 2 septembre.
L'équipe Sur le Radar
Yasmine & Marius
Le 1er septembre 2026, une obligation entre en vigueur pour à peu près toutes les entreprises françaises. Elle vaut pour un plombier seul, pour une SARL de trois compagnons, et pour un auto-entrepreneur qui ne facture pas la TVA.
Elle est aussi beaucoup plus étroite que ce qu'on lit partout. La plupart des articles qu'on trouve en ligne sont écrits par des éditeurs de logiciels, et ils mélangent allègrement deux obligations qui n'ont ni le même contenu ni la même date. Voici ce qui tombe vraiment dans trois semaines. Ce qu'on ne vous demandera pas avant l'an prochain. Et ce que l'administration a publié en juillet sur les entreprises qui ne seront pas prêtes.
Le texte est court. La fiche 1 de la Direction générale des Finances publiques commence par cette phrase :
« À compter du 1er septembre 2026, votre entreprise devra être en mesure de recevoir des factures sous format électronique adressées par les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaires, soumises à l'obligation d'émission de toutes leurs factures sous format électronique, mais aussi par les entreprises volontaires. »
Recevoir. Pas émettre. Vos propres factures clients ne sont pas concernées par cette date-là. Le tableau de la même fiche ne laisse aucune place au doute. Pour les microentreprises et les PME, la case « émission des factures » est cochée au 1er septembre 2027 et pas 2026.
Ce que vous allez recevoir en électronique dès septembre, ce sont les factures de vos gros fournisseurs. La fiche 1 les nomme : « Il peut s'agir de votre fournisseur d'électricité, votre fournisseur d'accès téléphone / internet ou bien encore de matériel. » Pour un artisan du bâtiment ça veut dire le négoce, l'énergie, le téléphone, la location d'utilitaire. Pas le confrère qui vous envoie un devis écrit à la main.
Et si vous êtes en franchise en base de TVA, inutile de chercher une porte de sortie. L'encadré « Bon à savoir » de la fiche 1 vise nommément « les auto-entrepreneurs ou les micro-entreprises qui bénéficient de la franchise en base de TVA (article 293 B du Code général des impôts) », qui « auront aussi l'obligation de recevoir et d'émettre des factures électroniques ».
Une facture électronique au sens de la réforme ne circule plus de boîte mail à boîte mail. Elle passe par un intermédiaire technique appelé plateforme agréée. La fiche 1 le décrit ainsi : « Les factures ne seront plus envoyées directement du fournisseur au client, mais seront transmises par l'intermédiaire d'une plateforme agréée. C'est un prestataire de services informatiques immatriculé par l'administration fiscale selon une procédure bien spécifique. »
Pour recevoir, il faut donc avoir une plateforme. C'est la seule démarche que les documents officiels demandent réellement à une TPE avant septembre. Le guide pratique de démarrage la formule en une phrase : « L'entreprise qui n'a pas encore désigné de plateforme doit donc engager cette démarche sans attendre, directement auprès d'une plateforme agréée ou par l'intermédiaire de sa solution habituelle : logiciel de gestion, logiciel de comptabilité, expert-comptable, banque ou autre prestataire. »
Relisez la fin de la phrase. Vous n'êtes pas obligé de contracter vous-même avec une plateforme. Si votre expert-comptable, votre banque ou votre logiciel de devis s'en charge, la démarche passe par eux. Pour beaucoup d'artisans, le premier appel à passer n'est pas à un vendeur de logiciel. C'est à leur comptable.
C'est le contresens le plus répandu du moment, et il fait vendre beaucoup de choses. On lit partout qu'il faudrait « vérifier si vous êtes bien inscrit dans l'annuaire de la facturation électronique ». La question n'a pas de sens. Personne ne s'y inscrit.
Le guide de démarrage est précis là-dessus. L'annuaire des destinataires « est mis à disposition des plateformes agréées par l'État et alimenté à partir des informations transmises par ces plateformes ». Ce sont donc les plateformes qui y déclarent l'adresse de réception de leurs clients. Une entreprise sans plateforme n'a rien à y déclarer. Une entreprise qui en a une n'a rien à faire non plus, sa plateforme s'en charge.
Le seul état qui existe vraiment, c'est votre rattachement à une plateforme agréée. Nous avons consacré une page entière à ce point, exemple du plombier, avec les citations complètes.
En juillet 2026, la DGFiP a mis en ligne un document d'une trentaine de pages intitulé « Facturation électronique : guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026 ». Nous ne l'avons trouvé cité dans presque aucun article grand public. C'est pourtant le seul texte qui répond à la question que tout le monde se pose. Et si je ne suis pas prêt ?
Il repose sur trois principes annoncés dès la première page. Le premier est que le calendrier ne bouge pas. Le deuxième, appelé continuité économique, tient dans cette phrase : « Une facture reçue ou transmise par un autre canal habituel, par exemple par mail, PDF ou papier, ne doit donc pas être écartée pour cette seule raison lorsqu'elle correspond à une opération réelle et comporte les informations nécessaires à son traitement. »
Le guide va plus loin sur la TVA. À la question « je reçois une facture par mail, PDF ou papier après le 1er septembre 2026 : puis-je la traiter, la payer et déduire la TVA ? », la réponse commence par « Oui ». Et le texte précise que le seul fait qu'une facture n'ait pas emprunté le circuit électronique attendu ne prive pas automatiquement l'entreprise de son droit à déduction.
Le troisième principe est celui qu'il ne faut pas perdre de vue. Le guide écrit qu'il n'y aura pas d'application des sanctions « aux entreprises rencontrant des difficultés dans la mise en œuvre de la réforme mais qui sont engagées dans une trajectoire sérieuse de mise en conformité », et qu'il distingue ces situations de celles relevant « d'une inertie, d'un évitement ou d'un refus durable d'entrer dans le dispositif ».
« Cette approche ne constitue ni un report ni une suspension de l'obligation. » — Guide pratique de démarrage, DGFiP, juillet 2026.
Reste le point qui inquiète le plus. Pour l'obligation de recourir à une plateforme agréée en réception, le guide indique que le texte prévoit « une mise en demeure de se conformer dans un délai de trois mois avant toute application de l'amende prévue en cas de persistance du manquement ».
Il est aussi utile de savoir ce que vous pouvez laisser de côté. Trois choses reviennent constamment dans les articles anxieux et ne vous concernent pas au 1er septembre 2026.
Pour transformer tout ce qui précède en actes, il y a trois coups de téléphone à passer, dans cet ordre. Une demi-heure au total.
Et gardez les échanges. C'est le point le plus concret du guide. Ce qui distingue une entreprise en retard mais engagée, ce ne sont pas des intentions, ce sont des éléments datés et cohérents. Un devis de plateforme, un mail à votre comptable, un ticket de support.
Nous ne donnons aucun montant d'amende. Les chiffres qui circulent en ligne se contredisent d'un article à l'autre, et le guide de la DGFiP lui-même renvoie aux articles 1737, 1788 D et 289 bis du Code général des impôts sans en citer un seul.
Nous ne recommandons aucune plateforme. Ce serait un conseil, et nous n'en donnons pas. La liste officielle est publiée par l'administration et mise à jour régulièrement. Elle distingue les opérateurs immatriculés définitivement de ceux qui attendent encore de réussir les tests d'interopérabilité. C'est cette liste-là qui fait foi, pas la mention « conforme 2026 » sur le site d'un éditeur.
Nous ne vous dirons pas non plus ce qui s'applique à votre cas précis. Une activité exonérée, une facturation à un organisme public, une sous-traitance en autoliquidation. Ce sont des questions pour un comptable et pas pour une agence web.
Rien. Vraiment rien. Cette réforme ne touche pas à votre site internet et nous n'allons pas prétendre le contraire pour vous vendre quelque chose. Si nous avons écrit cet article, c'est parce que nos clients artisans posaient la question et que ce qu'ils trouvaient en ligne était soit illisible, soit vendu par quelqu'un.
Maintenant, si en rangeant vos papiers vous vous apercevez que vos clients ne vous trouvent pas sur Google, là c'est notre métier. Nous créons des sites d'artisans pensés pour être trouvés. Sinon, refermez cet onglet et appelez votre comptable. C'est le geste utile aujourd'hui.
Tout ce qui est entre guillemets ci-dessus est un copier-coller de l'un de ces documents, consultés le 11 août 2026. Aucune source de cet article n'est un éditeur de logiciel.
Sur le Radar est une agence qui crée des sites internet pour les artisans. Nous ne vendons pas de logiciel de facturation, nous n'avons aucun partenariat avec une plateforme agréée, et nous ne touchons rien si vous en choisissez une plutôt qu'une autre. C'est ce qui nous permet d'écrire cet article sans rien vous vendre au bout.
En contrepartie, nous ne sommes ni comptables ni fiscalistes, et cet article ne donne aucun conseil fiscal, comptable ou juridique. Il rassemble et cite des documents publiés par l'administration fiscale. Pour votre situation, la bonne personne est votre expert-comptable, ou l'administration elle-même.