Quatre actifs vous appartiennent et se récupèrent séparément : le nom de domaine, les fichiers du site, la fiche Google et les comptes de mesure. La procédure exacte pour chacun, les délais officiels de l'Afnic, et le recours quand l'ancien prestataire ne répond plus.
L'équipe Sur le Radar
Yasmine & Marius
Quitter un prestataire web ressemble à un déménagement dont on ne connaîtrait pas la liste des cartons. On sait qu'il faut « récupérer le site », et on découvre en cours de route qu'il ne s'agit pas d'une chose mais de quatre, qui appartiennent à des endroits différents, se réclament séparément, et ne se récupèrent pas au même rythme. Voici la liste, et la procédure pour chacune.
Ce que vous avez payé pendant des années se répartit en quatre choses distinctes. Les confondre est la première cause de perte.
Faites cette liste sur une feuille, avec en face de chacune : qui la détient aujourd'hui, et avec quels identifiants. Neuf fois sur dix, cette feuille suffit à voir où se trouve le vrai risque, et il n'est presque jamais là où on l'attendait.
Avant toute négociation, vérifiez à quel nom votre domaine est déposé. Cette information est publique : la base Whois de l'Afnic, le registre des domaines en .fr, permet de l'interroger gratuitement. Deux cas de figure, et ils n'ont rien à voir.
Si le titulaire est vous ou votre entreprise, le domaine est à vous, quoi qu'il arrive. Le prestataire n'en est que le gestionnaire technique, et il est tenu de vous en rendre la main. Vous demandez alors un code d'authentification — l'auth-info, aussi appelé code de transfert — que votre prestataire actuel doit transmettre au titulaire, et à lui seul. Vous le remettez à votre nouveau prestataire ou à votre nouvel hébergeur, qui déclenche le transfert.
Les délais sont encadrés et publiés par l'Afnic dans son guide des procédures : le prestataire sortant dispose de huit jours pour s'opposer au transfert après notification ; s'il s'y oppose, l'opération est prolongée et se termine automatiquement au bout de vingt-deux jours. Autrement dit, même un prestataire qui traîne des pieds ne peut pas vous bloquer indéfiniment. Retenez ce chiffre : trois semaines, pas trois mois.
Si le titulaire est l'agence, la situation est différente et il faut l'affronter tôt. Commencez par la voie amiable, par écrit : beaucoup d'agences transfèrent sans discuter, parce qu'un domaine retenu contre un client ne leur rapporte rien. En cas de refus ou de silence, il existe pour les domaines en .fr une procédure de règlement des litiges gérée par l'Afnic, la procédure Syreli. Elle suppose que vous puissiez faire valoir un droit antérieur sur le nom : une marque déposée à l'INPI, ou votre dénomination sociale telle qu'elle figure sur votre extrait Kbis ou votre inscription au répertoire des métiers. Un artisan dont le domaine reprend le nom de son entreprise est généralement dans ce cas.
Demandez explicitement, dans le même courrier que le domaine : une archive complète des fichiers du site, la base de données s'il y en a une, les photos en pleine résolution, et les accès à l'interface d'administration. Précisez « en pleine résolution » : les images d'un site sont compressées, et une photo de chantier récupérée depuis une page web est inutilisable pour un nouveau site.
Si le contrat était une location, il est possible que rien de tout cela ne vous soit dû. Vérifiez la clause avant de vous fâcher — c'est exactement le point que nous détaillons dans louer ou acheter son site internet. Dans ce cas, gardez au moins vos textes : copiez-les dans un document, page par page. Ils vous ont coûté du temps à valider, et ils sont à vous d'une manière ou d'une autre.
Un conseil pratique qui évite bien des ennuis : faites cette récupération pendant que l'abonnement court encore. Un compte suspendu est un compte dont on ne télécharge plus rien.
La fiche Google est un compte séparé. Si c'est l'agence qui l'a créée, c'est elle qui en est propriétaire, et vous n'y avez peut-être qu'un rôle de gestionnaire — c'est-à-dire le droit de modifier, mais pas celui de donner les clés à quelqu'un d'autre.
Vérifiez votre rôle dans les paramètres de la fiche. S'il est écrit « gestionnaire » et non « propriétaire », demandez un transfert de propriété avant de rompre la relation. C'est une manipulation de deux minutes pour celui qui la détient, et un parcours administratif de plusieurs semaines une fois qu'il ne répond plus. Google prévoit une procédure de réclamation quand le propriétaire est injoignable, mais elle demande de prouver que l'établissement est le vôtre, et elle prend du temps.
Pourquoi c'est le point le plus sensible : vos avis vivent là. Un artisan noté 4,8 avec quarante avis a mis des années à les réunir, et aucun de ces avis ne se transporte sur une nouvelle fiche. Perdre la fiche, ce n'est pas perdre une page, c'est perdre la preuve accumulée. Nous détaillons son réglage dans notre guide de la fiche Google.
Demandez à être ajouté comme propriétaire de la propriété Search Console associée à votre domaine, ainsi qu'à votre compte de statistiques s'il en existe un. C'est ce qui vous permettra, plus tard, de savoir sur quelles recherches votre site apparaît, et de mesurer si le changement a servi à quelque chose. Sans ces comptes, vous jugerez votre nouveau prestataire à l'impression — ce qui est exactement la raison pour laquelle vous quittez l'ancien.
On ne change pas de prestataire pour un site plus joli. On en change parce qu'on ne sait pas ce que le précédent a produit. Récupérez les instruments de mesure en premier.
Un changement de prestataire fait rarement chuter un site. Ce qui le fait chuter, ce sont trois gestes précis, tous évitables.
Et un rappel de calendrier : même parfaitement exécutée, une bascule ne rend pas votre site plus visible du jour au lendemain. Google doit redécouvrir, réexplorer, puis reclasser — cela se compte en semaines, parfois en mois. Nous expliquons ces deux horloges distinctes dans le délai pour créer un site vitrine.
Cet ordre paraît lent. Il l'est moins que de reconstruire une fiche Google et quarante avis. Si vous préférez ne pas gérer ces démarches vous-même, nous les prenons en charge à votre place : voyez nos réalisations, dont plusieurs sont des reprises de sites existants, et le détail de notre offre.